La Déclaration d’Engagement

Nota Bene. Cette déclaration a été préparée par un groupe de travail représentatif des différents acteurs d’Agroecology in Action et a été finalisée suite aux discussions tenues lors du forum participatif du 10 décembre 2016. La déclaration vise à poser un cadre de référence commun pour les acteurs souhaitant s’inscrire dans la dynamique d’Agroecology in Action et à définir des pistes d’engagement et d’actions pour le futur. Le texte de la déclaration n’est pas figé et sera amené à évoluer dans le futur.

Agroecology in Action s’inscrit dans un mouvement social plus large au niveau européen et international. En particulier nous nous inscrivons en droite ligne des dynamiques et des déclarations suivantes :

  • Le mouvement Nyéléni Europe et sa Déclaration de 2011 (Krems, Autriche) ;
  • la Déclaration du Forum International sur l’Agroécologie de 2015 (Nyéléni, Mali) ;
  • le mouvement Voedsel Anders et son manifeste de 2014 (Wageningen, Pays-Bas) ;
  • la Déclaration sur l’agroécologie adoptée par les membres de la Coordination Européenne Via Campesina en 2014 (Evenstad, Norvège).

Nous partageons les constats sur les échecs du modèle de production agro-industriel et des marchés agroalimentaires globalisés, ainsi qu’une vision commune vers des systèmes alimentaires agroécologiques et solidaires dans le cadre de la souveraineté alimentaire.

En particulier, nous souhaitons agir ensemble pour :

1. Transformer les modes de production vers des systèmes de production agroécologique

  • nous allons transformer le paradigme du système alimentaire, en continuant à multiplier les initiatives paysannes et citoyennes réalisant une transition agroécologique à l’échelle des territoires ; fournissant une nourriture saine, diversifiée et de haute qualité nutritionnelle, préservant et régénérant la biodiversité, les sols et les ressources naturelles ; assurant la résilience et la lutte contre les changements climatiques ; respectant le bien-être animal ; récréant de l’emploi et de la solidarité ; et redonnant de la vitalité dans nos campagnes et dans nos villes ;
  • nous allons conscientiser et travailler avec le public et les responsables politiques pour réaliser la transition agroécologique et rencontrer les défis sociaux, environnementaux et climatiques de notre époque ;
  • nous allons disséminer les pratiques, approches et stratégies agricoles qui permettent de réaliser au mieux les principes agroécologiques (celles utilisées en permaculture, agroforesterie, agriculture urbaine, agriculture régénérative, agriculture biologique paysanne, agriculture diversifiée liée à l’élevage…) à travers des programmes d’échange et de formation pour et par les paysans, agriculteurs, maraîchers, éleveurs, artisans et en collaboration avec les chercheurs ;
  • nous allons lutter contre le brevetage du vivant et nous allons multiplier les échanges de semences de variétés locales, favorisant la biodiversité et la résilience ;
  • nous allons lutter contre les pratiques de l’agro-industrie, destructrices des écosystèmes (monocultures, engrais, pesticides, OGM…), contre le greenwashing et les fausses solutions de l’industrie agroalimentaire (par ex : « agriculture intelligente face au climat », « intensification durable », etc.).

2. Promouvoir des modes de consommation agroécologiques basés sur des marchés territoriaux et des circuits courts entre producteurs et consommateurs :

  • nous allons contribuer à réduire la surconsommation (de viande et produits animaux industriels, produits trop gras, sucrés, et transformés de façon industrielle…) et promouvoir des modes de consommation sains, durables et responsables, ancrés dans nos territoires et liés aux saisons ;
  • nous allons multiplier les marchés locaux basés sur la solidarité entre producteurs et consommateurs et les circuits courts de distribution, y compris le commerce équitable avec les petits producteurs du Sud ;
  • nous allons soutenir les initiatives permettant la transformation et la vente de produits à la ferme et les coopératives entre producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, et des systèmes de solidarité citoyenne aux producteurs ;
  • nous allons faire évoluer les règles bureaucratiques et promouvoir des normes sanitaires et standards adaptés aux contraintes spécifiques des petits producteurs et des circuits courts de distribution ;
  • nous allons lutter contre la concentration du pouvoir au sein des chaînes de distribution et soutenir des alternatives citoyennes et solidaires à la grande distribution ;
  • nous voulons redonner une dimension conviviale à l’alimentation et redonner aux citoyens l’envie et les possibilités de prendre le temps de cuisiner et de bien manger ;
  • nous allons réduire le gaspillage, et en attendant sa disparation, nous allons multiplier les initiatives permettant la récupération, la réutilisation et la revalorisation des invendus et des déchets agroalimentaires, tout en conscientisant la population belge aux enjeux concernés.

3. Défendre les droits humains, en particulier le droit à une alimentation adéquate pour toutes et tous et des conditions de travail décentes pour les producteurs et les travailleurs des systèmes alimentaires :

  • nous revendiquons un droit à une alimentation adéquate et à la nutrition pour toutes et tous, garanti par la constitution et par des lois qui en assurent une mise en œuvre effective ;
  • cela va de pair avec le droit à la santé et le droit à la sécurité sociale et la mise en place de mécanismes de redistribution et de protection sociale permettant une vie digne pour toutes et tous ;
  • nous compléterons les mécanismes légaux par des initiatives de solidarité citoyenne améliorant l’accès à une alimentation de qualité pour les personnes précarisées (épiceries sociales et restaurants sociaux mixtes, groupes d’achats solidaires, marchés solidaires...)
  • nous allons combattre le modèle d’exploitation sociale de l’industrie agroalimentaire et défendre des conditions de travail dignes et des prix rémunérateurs pour les producteurs alimentaires et pour l’ensemble des travailleurs des systèmes alimentaires, en particulier pour les femmes et les travailleurs migrants et saisonniers ;
  • nous revendiquons le droit de chacun d’avoir accès à une nourriture adaptée à sa culture et à ses convictions, sans aucune discrimination.

4. Protéger les terres agricoles, les ressources naturelles et les biens communs :

  • nous allons protéger les ressources naturelles et les biens communs (eaux, terres, forêts, semences, atmosphère, connaissances) contre la pollution, la marchandisation et leur utilisation à l’encontre du respect, de la protection et de la réalisation des droits humains et du bien-être des populations, de toutes les formes de vie humaine, animale et végétale ;
  • nous allons multiplier les pratiques permettant de sortir les biens communs de la marchandisation et permettant une gouvernance citoyenne au profit des projets agroécologiques ;
  • nous allons particulièrement défendre les terres arables menacées par divers projets d’urbanisation et toute forme d’artificialisation (centres commerciaux, zoning industriels, projets immobiliers contraires aux principes d’une gouvernance foncière responsable…) ;
  • nous allons nous battre contre la concentration des terres dans les mains de quelques-uns et pour une redistribution plus équitable des ressources foncières au profit des projets agroécologiques, en particulier pour les jeunes ainsi que celles et ceux reprenant des fermes familiales.

5. Renforcer le mouvement social et politique pour l’agroécologie et l’alimentation solidaire et revendiquer une gouvernance démocratique des systèmes alimentaires et des politiques publiques intégrées :

  • nous allons continuer à élargir la diversité de notre mouvement et à nous renforcer mutuellement par les échanges, le travail en réseau, les actions communes et la structuration de notre plaidoyer politique ;
  • nous nous engageons à transformer et démocratiser la gouvernance des systèmes alimentaires et revendiquons le droit de participer activement à la définition et la mise en œuvre des politiques agricoles et alimentaires, par exemple à travers des conseils de politiques alimentaires, à tous les niveaux de pouvoir, en commençant par le niveau local ;
  • nous revendiquons une politique alimentaire intégrée, basée sur les droits humains et adoptant une vision globale de l’alimentation plutôt qu’une multitude de politiques sectorielles ;
  • nous réclamons notamment une réforme de la PAC vers une politique alimentaire intégrée au niveau européen ;
  • nous réclamons une meilleure utilisation des instruments de politique publique pour réguler les pratiques destructrices de l’agro-industrie (par ex : taxation des pratiques polluantes, encadrement du marketing, interdiction des distributeurs dans les écoles, etc.) et pour soutenir la transition agroécologique (par ex : marché public valorisant l’agroécologie et l’alimentation solidaire, programmes ambitieux d’éducation à l’alimentation, etc.) ;
  • nous nous battons contre les accords commerciaux poussant toujours plus loin la libéralisation du commerce international et nous exigeons que l’agriculture, l’alimentation et les ressources naturelles soient exclues des règles du commerce international.

Afin d’approfondir nos engagements et nos revendications, nous allons continuer à travailler au sein de groupes de travail, qui auront la charge de préciser nos engagements et nos revendications politiques, de les faire aboutir et de faire le suivi tout au long de l’année de ce travail d’influence. Nous veillerons dans ce cadre à renforcer les synergies d’actions communes entre acteurs des différentes communautés linguistiques du pays. Nous évaluerons l’avancement de nos actions lors du prochain forum.

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